Pascal, Les Pensées, fragment 46, Lafuma.
Pascal, Les Pensées, fragment 46, Lafuma.

Alexandre Grothendieck

« Prenons par exemple la tâche de démontrer un théorème qui reste hypothétique (à quoi, pour certains, semblerait se réduire le travail mathématique). Je vois deux approches extrêmes pour s’y prendre. L’une est celle du marteau et du burin, quand le problème posé est vu comme une grosse noix, dure et lisse, dont il s’agit d’atteindre l’intérieur, la chair nourricière protégée par la coque. Le principe est simple : on pose le tranchant du burin contre la coque, et on tape fort. Au besoin, on recommence en plusieurs endroits différents, jusqu’à ce que la coque se casse – et on est content. [...]

Je pourrais illustrer la deuxième approche, en gardant l’image de la noix qu’il s’agit d’ouvrir. La première parabole qui m’est venue à l’esprit tantôt, c’est qu’on plonge la noix dans un liquide émollient, de l’eau simplement pourquoi pas, de temps en temps on frotte pour qu’elle pénètre mieux, pour le reste on laisse faire le temps. La coque s’assouplit au fil des semaines et des mois – quand le temps est mûr, une pression de la main suffit, la coque s’ouvre comme celle d’un avocat mûr à point ! Ou encore, on laisse mûrir la noix sous le soleil et sous la pluie et peut-être aussi sous les gelées de l’hiver. Quand le temps est mûr c’est une pousse délicate sortie de la substantifique chair qui aura percé la coque, comme en se jouant – ou pour mieux dire, la coque se sera ouverte d’elle-même, pour lui laisser passage. [...]

Le lecteur qui serait tant soit peu familier avec certains de mes travaux n’aura aucune difficulté à reconnaître lequel de ces deux modes d’approche est “le mien” ».


Nietzsche

Toutes les bonnes choses s’approchent de leur but d’une façon tortueuse. Comme les chats elles font le gros dos, elles ronronnent intérieurement de leur bonheur prochain, toutes les bonnes choses rient.

La démarche de quelqu’un laisse deviner s’il marche déjà dans sa propre voie. Regardez-moi donc marcher ! Mais celui qui s’approche de son but celui- danse.

Et, en vérité, je ne suis point devenu une statue, et je ne me tiens pas encore engourdi, hébété, marmoréen comme une colonne ; j’aime la course rapide.

Et quand même il y a sur la terre des marécages et une épaisse détresse : celui qui a les pieds légers court par-dessus la vase et danse comme sur de la glace balayée.

Élevez vos cœurs, mes frères, haut, plus haut ! Et n’oubliez pas non plus vos jambes ! Élevez aussi vos jambes, bons danseurs, et mieux que cela : vous vous tiendrez aussi sur la tête !

 


Nietzsche

Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde.


Richard Feynman et les anges invisibles

While Kepler was discovering these laws, Galileo was studying the laws of motion. The problem was, what makes the planets go around? (In those days, one of the theories proposed was that the planets went around because behind them were invisible angels, beating their wings and driving the planets forward. You will see that this theory is now modified! It turns out that in order to keep the planets going around, the invisible angels must fly in a different direction and they have no wings. Otherwise, it is a somewhat similar theory!) Galileo discovered a very remarkable fact about motion, which was essential for understanding these laws. That is the principle of inertia—if something is moving, with nothing touching it and completely undisturbed, it will go on forever, coasting at a uniform speed in a straight line. (Why does it keep on coasting? We do not know, but that is the way it is.)

http://www.feynmanlectures.caltech.edu/I_07.html


A. Schopenhauer

Avec l’amour de la vie, [l'état amoureux] apparaît comme le plus puissant et le plus actif de tous les mobiles, il sollicite sans relâche la moitié des forces et des pensées de la partie plus jeune de l’humanité, il est l’objectif ultime de presque toutes les aspirations humaines, il exerce une influence néfaste sur les affaires les plus importantes, il interrompt à toute heure les occupations les plus sérieuses, il plonge parfois dans une confusion momentanée même les plus grands esprits, il n’hésite pas à interférer, avec tout son linge sale, dans les négociations des hommes d’État et les recherches des savants pour les perturber, il s’entend à glisser ses billets doux et ses boucles de cheveux même dans les portefeuilles ministériels et les manuscrits philosophiques, il provoque tous les jours les disputes les plus embrouillées et les plus graves, il brise les relations les plus précieuses, il déchire les liens les plus solides, il sacrifie tantôt la vie ou la santé, tantôt la richesse, le rang et le bonheur, il fait d’un homme d’ordinaire sincère un homme sans scrupules, de l’homme jusqu’alors fidèle un traître, bref il se révèle dans l’ensemble comme un démon hostile qui s’efforce de tout pervertir, de tout brouiller, de tout renverser. On a alors envie de s’écrier : pourquoi autant de bruit ? Pourquoi cette bousculade, cette fureur, cette angoisse, cette détresse ?

 

A. Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation II, chapitre 44 des Compléments au Livre IV, trad. Ch. Sommer, V. Stanek, M. Dautrey, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2009, p. 1982-1983.

 

https://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2012-1-page-13.htm


Denis Diderot

JOUISSANCE, s. f. (Gram. & Morale.) jouir, c’est connaître, éprouver, sentir les avantages de posséder : on possède souvent sans jouir. A qui sont ces magnifiques palais ? qui est-ce qui a planté ces jardins immenses ? c’est le souverain : qui est-ce qui en jouit ? c’est moi.

Mais laissons ces palais magnifiques que le souverain a construits pour d’autres que lui, ces jardins enchanteurs où il ne se promène jamais, & arrêtons-nous à la volupté qui perpétue la chaîne des êtres vivants, & à laquelle on a consacré le mot de jouissance.

Entre les objets que la nature offre de toutes parts à nos désirs ; vous qui avez une âme, dites-moi, y en a t-il un plus digne de notre poursuite, dont la possession & la jouissance puissent nous rendre aussi heureux, que celles de l’être qui pense & sent comme vous, qui a les mêmes idées,qui éprouve la même chaleur, les mêmes transports, qui porte ses bras tendres & délicats vers les vôtres, qui vous enlace, & dont les caresses seront suivies de l’existence d’un nouvel être qui sera semblable à l’un de vous, qui dans ses premiers mouvements vous cherchera pour vous serrer, que vous élèverez à vos côtés, que vous aimerez ensemble, qui vous protégera dans votre vieillesse, qui vous respectera en tout temps, & la naissance heureuse a déjà fortifié le lien qui vous unissait ?

Les êtres brutes, insensibles, immobiles, privés de vie, qui nous environnent, peuvent servir à notre bonheur ; mais c’est sans se savoir, & sans le partager : & notre jouissance stérile & destructive qui les altère tous, n’en reproduit aucun.

http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/article/v8-2780-0/


Nicolas Sadirac, Co-fondateur de l'Ecole 42.


George Bernard Shaw, prix Nobel de littérature, 1925.

« Le succès ne consiste pas à ne jamais faire d'erreur mais à ne jamais faire la même erreur deux fois. »


L’Art et la Révolution, Richard Wagner (trad. Jacques Mesnil), éd. Bibliothèque des « Temps nouveaux », 1898, p. 83.

« Seuls les hommes forts connaissent l’Amour, seul l’amour comprend la Beauté, seule la beauté forme l’Art. L’amour des faibles entre eux ne peut avoir d’autre expression que les chatouillements de la volupté ; l’amour du faible pour le fort est de l’humilité et de la crainte ; l’amour du fort pour le faible est de la pitié et de l’indulgence : seul l’amour du fort pour le fort est de l’amour, car il est le libre don de nous-même à celui qui ne peut nous contraindre. Sous toutes les zones, dans toutes les races, les hommes pourront parvenir par la liberté réelle à une égale force, par la force au véritable amour, par le véritable amour à la Beauté : mais la Beauté en action c’est l’Art. »


Jean-Jacques Ménuret de Chambaud, « Effets de la Musique », Encyclopédie de diderot et d'alembert, t. IX, p. 903 – 909, 1751-1772.

Enfin, cette même Musique qu'on a rendu aujourd'hui si douce, si voluptueuse, si attendrissante, & qui parait n'être faite que pour captiver les cœurs, pour inspirer l'amour, était si bien variée par les anciens, qu'ils s'en servaient comme d'un préservatif contre les traits de l'amour, & comme d'un remède assuré pour la continence : les maris absents, au lieu de ces affreuses ceintures si fort à la mode & peut - être si nécessaires dans certains pays, laissaient à leurs femmes des musiciens qui leur jouaient des airs, capables de modérer les désirs qu'elles n'auraient pu satisfaire qu'aux dépens de leur honneur ; & on assure qu'Egiste ne put vaincre les refus de Clytemnestre, qu'après avoir fait mourir Démodocus, musicien, qu'Agamemnon avait auprès de son épouse pour lui jouer la chasteté ; Phémius, frère de ce musicien, eut le même emploi auprès de Pénélope, dont il s'acquitta avec plus de bonheur, dit-on, & de succès. Il ne dut sans doute son salut qu'à l'ignorance où étaient les amants de Pénélope sur la part qu'il avait à la fidélité qu'elle gardait à son mari. Il n'y a pas apparence que nos jaloux modernes aient recours à de pareils expédients.


Feynman


Perelman et la beauté


Pascal

Durant sa période mondaine, Pascal passe dans le monde pour un pur savant. Le fragment Laf. 687, Sel. 566 paraît exprimer une certaine déception de n’avoir pas rencontré parmi les savants la communication qui doit régner entre les honnêtes hommes : " J’avais passé longtemps dans l’étude des sciences abstraites et le peu de communication qu’on en peut avoir m’en avait dégoûté."

Sa correspondance avec Fermat a pu lui donner le sentiment d’être parvenu à rencontrer un homme plutôt qu’un mathématicien ; c’est en tout cas ce qu’il déclare le 10 août 1660, dans la lettre dans laquelle il s’excuse de ne pouvoir le rencontrer (OC IV, éd. J. Mesnard, p. 922-923) :

« Je vous dirai donc, monsieur, que, si j’étais en santé, je serais volé à Toulouse, et que je n’aurais pas souffert qu’un homme comme vous eût fait un pas pour un homme comme moi. Je vous dirai aussi que, quoique vous soyez celui de toute l’Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, ce ne serait pas cette qualité-là qui m’aurait attiré ; mais que je me figure tant d’esprit et d’honnêteté en votre conversation, que c’est pour cela que je vous rechercherais. Car pour vous parler franchement de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l’esprit ; mais en même temps je la connais pour si futile, que je fais peu de différence entre un homme qui n’est que géomètre et un habile artisan. »

Source : http://www.penseesdepascal.fr/General/Honnete.php


Richard Buckminster Fuller

« On ne change jamais les choses en s’opposant à la réalité présente. Pour changer quelque chose, il faut construire un nouveau modèle qui rend le modèle actuel obsolète. »

 " You never change things by fighting the existing reality. To change something, build a new model that makes the existing model obsolete ".


Thomas Jefferson (Président des Etats Unis d'Amérique de 1801 à 1809).

" Si la nature a rendu moins susceptible que toute autre chose l’appropriation exclusive, c’est bien l’action du pouvoir de la pensée que l’on appelle une idée, qu’un individu peut posséder de façon exclusive aussi longtemps qu’il la garde pour lui ; mais au moment où elle est divulguée, elle devient la possession de tous, et celui qui la reçoit ne peut pas en être dépossédé. Sa propriété particulière, aussi, est que personne ne la possède moins parce que tout le monde la possède. Celui qui reçoit une idée de moi reçoit un savoir sans diminuer le mien ; tout comme celui qui allume sa bougie à la mienne reçoit la lumière sans me plonger dans la pénombre. Que les idées circulent librement de l’un à l’autre partout sur la planète "


Jean-Pierre Vernant Tisser l’amitié in Entre mythe et politique Le Seuil, 1996.

 Jean-Pierre Vernant lors de sa conférence au lycée Le Corbusier à Aubervilliers, en octobre 2006.
Jean-Pierre Vernant lors de sa conférence au lycée Le Corbusier à Aubervilliers, en octobre 2006.

« Un professeur fait du théâtre quand il arrive dans une classe. Mais il y a différentes manières de s’y prendre. On peut taper sur la table et faire sentir toute la distance qui sépare les élèves du professeur. On peut aussi jouer le jeu inverse, et c’est ce que je faisais quand j’enseignais au lycée : non seulement en tutoyant les élèves, mais en s’efforçant d’abolir, jusque dans sa tenue vestimentaire et son vocabulaire, tout indice d’une autorité conférée par une hiérarchie sociale. Evidemment, le professeur sait bien, quelle que soit la stratégie qu’il adopte, que ce n’est pas la même chose d’être élève et d’être professeur. Celui qui est sur le banc et celui qui est derrière le bureau n’ont pas le même statut. La stratégie de la non-distance peut être très adroite ou, au contraire, amener celui qui l’emploie  à la catastrophe. Mais s’il y recourt plutôt qu’à une autre, ce n’est pas par pure stratégie. C’est parce qu’elle correspond à l’idée qu’il se fait du rapport entre maître et élève, de ce qu’est un groupe. Si on entre dans le jeu de l’abolition de la hiérarchie, ce n’est pas simplement de l’habileté, c’est aussi une esthétique, et une éthique de la relation sociale.

Il faut commencer par cesser d’être professeur pour pouvoir l’être. Cela signifie obligatoirement – à mon avis c’est une idée grecque- que toute relation sociale, avec une classe comme avec le groupe dans lequel on s’est engagé dans la Résistance, implique un ciment qui est l’amitié. Cet élément fondamental est le sentiment d’une complicité, d’une communauté essentielle sur les choses les plus importantes. Dans le rapport du professeur avec ses élèves, c’est le fait de partager une certaine idée de ce que doit être quelqu’un, d’avoir en commun une certaine forme de sensibilité, d’accueil à autrui, de s’accorder sur l’idée qu’être autre signifie aussi être semblable. »


Léopold Sédar SENGHOR (1906 −2001)

Léopold Sédar Senghor à Dakar le 9 Decembre 1963. Rue des Archives/Agip
Léopold Sédar Senghor à Dakar le 9 Decembre 1963. Rue des Archives/Agip

«  Les Mathématiques sont la poésie des sciences. »


Natalia Gorbanevskaya

http://www.lecourrierderussie.com/2009/06/18/natalia-gorbanevskaya-heroine-de-chaque-jour/
http://www.lecourrierderussie.com/2009/06/18/natalia-gorbanevskaya-heroine-de-chaque-jour/

«  Nous n'étions pas des héros. Tout simplement, à un moment donné, nous avons trouvé la force d'agir en accord avec notre conscience », estimait Natalia Gorbanevskaya qui, contrainte à l'exil, s'était installée à Paris en 1975, où elle a travaillé dans plusieurs organes de l'émigration russe, notamment l'hebdomadaire La Pensée russe et la revue Continent.